Général Léon Jenoudet

Par Noël Gaillard

Léon Jenoudet est un grandvallier de pure souche par son père de Saint-Laurent et par sa mère de Saint-Pierre. Son grand-père paternel, François Régis était un "roulier" du Grandvaux. Il mourut prématurément en 1863 par accident laissant sa veuve dans la détresse avec 7 jeunes enfants (Son père, second de la famille avait alors 10 ans).

A l'âge de l'appel sous les drapeaux, il avait tiré un "mauvais numéro" et il avait fait son service militaire, qui était alors de 5 ans, aux dragons de Lunéville. A sa libération et en raison du temps déjà passé, il décida de s'engager dans la gendarmerie.

Marié à Sidonie Ferrez d'une vieille famille de Saint-Pierre, il eut un fils qui naquit le 14 novembre 1885 à Beaufort près de Lons-le-Saunier, Charles Léon.

Distingué par son instituteur pour son intelligence et sa vivacité d'esprit, Léon Jenoudet fut reçu au concours des bourses et continua ses études secondaires au lycée de Lons-le-Saunier.

Brillant élève, travailleur, il fut reçu au baccalauréat, à une époque où il n'y avait que 7000 bacheliers reçus chaque année en France.

Tout le portait vers une carrière militaire :

  • la solide formation civique reçue à l'école,
  • l'esprit patriotique de toute la nation,
  • la hantise de l'agression allemande et le culte de la revanche,
  • enfin le milieu familial.

En août 1914 : la guerre le trouve lieutenant au 152ème régiment d'infanterie à Gérardmer, à la frontière des Vosges.

Les photos de l'époque le montrent avec sa haute taille de grandvallier (1,80 m), svelte, la figure fine et énergique, barrée d'une grande moustache, le regard direct.

Toute la grande guerre, il allait la faire au 152, plus familièrement appelé le 15/2, le régiment métropolitain le plus glorieux de l'armée, celui dont le drapeau fut le premier à être décoré successivement de la croix de guerre, de la médaille militaire et de la légion d'honneur.

Régiment des Vosges, il comptait aussi de nombreux soldats originaires du

Haut Jura : si l'on va à l'église de Fort du Plasne, et si l'on allume le bas de la chapelle à droite, où se trouvent les photos des morts au combat de la commune, 3 sur les 20 en tenue militaire portent l'écusson du 15/2.

18 août 1914 : le régiment se porte en avant, attaque à la baïonnette, culbute les unités bavaroises qui lui sont opposées, s'empare de Munster et atteint le 21 août les faubourgs de Colmar. C'est l'heure de la revanche.

Commandant la section de mitrailleuse du régiment, le lieutenant Jenoudet participe à tous ces combats victorieux. Mais la décision se fait à l'autre aile du front où les allemands, vainqueurs en Belgique, avancent vers Pans jusqu'à la Marne.

Le 15/2 reçoit l'ordre de se replier sur la frontière des Vosges où il sera engagé pendant près de 2 ans.

La guerre de mouvement est terminée. Les opérations ont maintenant des objectifs limités mais terriblement coûteux : la conquête d'un village ou d'une crête face à un adversaire enterré dans les tranchées, derrière les barbelés, défendus par les mitrailleuses et l'artillerie.

Fin septembre 1914 : après 4 jours de combats, c'est la prise du sommet du Spitzenberg au-dessus de Saint-Dié. Fin décembre 1914 : le 15/2 reçoit l'ordre de s'emparer du village de Stembach, près de Thann. Au début de l'attaque, le lieutenant Jenoudet prend le commandement d'une compagnie dont le capitaine a été tué. Il l'entraîne à l'assaut, atteignant le premier la lisière du village et en permettant le débordement par les unités voisines.

Mais les allemands s'accrochent dans les ruines et il faut 15 jours et 15 nuits de combats farouches, en plein hiver, sous la neige, dans les tranchées envahies d'eau, pour briser leur résistance.

Le régiment a perdu un millier d'hommes.

Pour Léon Jenoudet, c'est la première blessure.

1915 : l'année des plus grands sacrifices pour l'infanterie française. Le 15/2 reste sur le front des Vosges, à l'Hartmanwillerkopf, appelé encore l'Hartman ou le vieil Armand.

Culminant à 956 mètres, ce sommet donne des vues lointaines sur la plaine d'Alsace. Il va faire l'objet d'une bataille acharnée. Le 15/2 qui s'y illustra fut appelé par les allemands le régiment des diables rouges.

Le 22 mars 1915 : le régiment attaque l'Hartman. Il faut 2 jours d'assauts farouches pour s'en emparer. L'historique du 15/2 indique :

"Du haut des rochers, nos mitrailleurs ardents à suivre la première vague, enthousiasmés par leur chef, le lieutenant Jenoudet, qui, blessé, veut faire l'attaque jusqu'au bout, traquent, par leurs rafales, les allemands en fuite".

Cite à l'ordre de l'armée, Léon Jenoudet est promu capitaine après les dures journées du 25 et du 26 avril 1915 où 6 bataillons d'élite d'allemands ne peuvent reprendre le sommet. Le 21 décembre 1915 : le 15/2 est rappelé à l'Hartman qui a été perdu. En quelques heures, avec une vigueur exceptionnelle, il a repris tout le massif faisant 800 prisonniers.

Hélas, à ce jour de victoire, allait succéder un terrible jour de deuil. Toute la nuit, les allemands ont rameuté leurs réserves, concentré leur artillerie.

A l'aube, leur contre-attaque se déclenche face à la ligne française non encore organisée, placée dans la contrepente où l'artillerie ne peut l'appuyer, et alors que des poches de résistance ennemies subsistent sur leurs arrières.

Bientôt, dans ce combat de montagne, le régiment est isolé, débordé et tronçonné.

Dans l'après-midi, le capitaine Jenoudet rappelé par son commandant, se rend avec lui aux premières lignes. A un carrefour, le commandant prend d'un côté et enjoint à son capitaine de partir de l'autre côté. La chance va jouer. A quelques dizaines de mètres de là, le commandant est cerné par les allemands ; refusant de se rendre, il est abattu. Le capitaine Jenoudet a pu rejoindre ses mitrailleurs, au moment où ils sont eux-mêmes sur le point d'être submergés. Réagissant instantanément, il peut regrouper ses hommes qui, emmenant leurs mitrailleuses, rejoignent la crête en perçant l'encerclement ennemi.

En fin de journée, le 15/2 qui se maintient au sommet est pratiquement anéanti. 2000 hommes manquent à l'appel, sur 58 officiers, 20 ont été tués et 28 sont disparus. Parmi les survivants, le capitaine Jenoudet.

Félicité pour sa bravoure, son sang-froid et son esprit de décision, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur sur le champ de bataille.

Année 1916 : la guerre se transforme. Guerre d'usure, guerre de matériels. Les batailles durent de longues semaines, avec de terribles préparations d'artillerie sur des lignes de tranchée puissamment fortifiées.

Le 3 septembre : avec son régiment, le capitaine Jenoudet participe à la bataille de la Somme.

A Cléry sur Somme, son bataillon, après avoir enlevé tous ses objectifs, tient énergiquement sur la position conquise, malgré l'insuccès des bataillons voisins.

Léon Jenoudet  reçoit sa 4ème citation pour :

"Avoir contribué largement au succès et pour s'être prodigué avec un entier mépris du danger en utilisant habilement son unité dont la conduite a été au cours de l'action, un objet d'admiration pour les autres formations".

Le 15 octobre : nouvelle citation, lors de la prise de Sailly-Saillisel, "pour sa grande activité, sa bravoure admirable".

Année 1917 : c'est l'année trouble. La Russie s'effondre.

La France commence à douter après l'échec de l'offensive Nivelle sur l'Aisne.

Le 15/2 est engagé sur le Chemin des Dames, au sud de Laon.

Le 22 mai : il enlève le plateau de Vauclerc. Violemment contre-attaqué en fin de journée, la situation devient tragique.

Au 2ème bataillon, "l'attitude énergique du capitaine Jenoudet, l'autorité dont il fit preuve, la confiance qu'il inspira à tous, permirent de conserver intacts les gains de la journée".

Le 24 juillet : nouvelle attaque sur le plateau de Vauclerc par surprise et sans préparation.

Ce fut une mêlée sanglante.

Le matin, le capitaine Jenoudet  est blessé par éclat d'obus. Il refuse de se faire évacuer. Il n'y consent que le soir après une nouvelle blessure, à la poitrine, par balle.

Exploit étonnant qui rappelle la bravoure, l'abnégation et l'esprit de sacrifice des soldats de l'An II ou des vétérans de Napoléon.

Année 1918 : l'année de la décision.

L'Allemagne qui a ramené ses troupes du front russe, tente de forcer le succès à l'ouest, avant l'arrivée des américains.

Fin mai : après avoir enfoncé les anglais, les allemands percent le front français sur le Chemin des Dames.

Pour la 1ère fois depuis 1914, l'armée française recule.

Le 15/2 accourt à marches forcées dans la zone des combats. Léon Jenoudet  qui vient d'être promu commandant à titre temporaire, commande le 3ème bataillon.

Le 30 mai au soir : après une marche de 40 kilomètres, il est engagé. Dans le journal de guerre du régiment, il est écrit :

"Les hommes étaient exténués, couverts de poussière, ruisselants de sueur. Etait-il possible de leur demander un effort quelconque ? Apparemment non, "et pourtant il le fallut".

Ce sont ces mêmes hommes du 3ème bataillon du commandant Jenoudet qui devaient devant Belleau écrire avec leur sang une des plus glorieuses pages de l'histoire du 15/2.

Le 2 juin : sur le front du 3ème bataillon, la bataille fut la plus âpre.

Lorsqu'on fin de journée, les éléments voisins cédèrent à la pression ennemie, le 3ème bataillon, menacé d'être tourné à droite et à gauche, et qui ne pouvait se replier qu'à la nuit, opposa une résistance acharnée, causant aux allemands des pertes énormes.

Le commandant Jenoudet, dont la fermeté et le sang-froid avaient une fois de plus fait l'admiration de tous pouvait être fier de son bataillon.

Les allemands ont été arrêtes.

Foch, généralissime, décide de la contre-attaque, qui allait aboutir à la 2ème victoire de la Marne.

Le 18 juillet 1918 : le bataillon Jenoudet fait la liaison entre "le gros de son régiment' et les "Marines" américains.

Il atteint tous ses objectifs, faisant 150 prisonniers et capturant 3 canons.

Le 22 juillet : en pleine progression, un obus de gros calibre fauche les éléments de commandement du bataillon. Le commandant tombe, frappé par des éclats qui lui perforent l'abdomen, ce qui allait l'obliger à rester allongé pendant de longs mois.

A l'hôpital de campagne de Meaux, il reçoit des mains du général Pétain, la rosette d'officier de la légion d'honneur.

Dans une guerre de 4 ans où tant de braves s'étaient distingués, le commandant Jenoudet avait acquis des titres de guerres exceptionnels.

A 32 ans, il était :

  • commandant après avoir gagné ses galons en première ligne
  • titulaire de la fourragère rouge à titre personnel pour avoir participé aux 7 batailles où son régiment avait été décoré
  • officier de la Légion d'Honneur
  • 9 fois cité dont 6 fois à l'ordre de l'armée
  • 5 fois blessé

L'entre deux guerres 1919 - 1939

Fin 1919 : à peine guéri, Léon Jenoudet reprend le service actif.

En 1920 : il se marie avec une Grandvallière, Reine Thouverey dont le père Pierre dirige une scierie à Fort du Plasne, commune dont il est maire et le restera plus de 40 ans.

A l'époque, il était aussi conseiller général du canton de Saint-Laurent.

A la fin de la guerre, l'armée française continue à être engagée hors d'Europe, sur ce que l'on nomme les théâtres d'opérations extérieures.

En 1922 : désigné pour le Maroc, le commandant Jenoudet est affecté, en raison de ses états de service à une formation prestigieuse, la Légion Etrangère.

Il prend le commandement à Meknès du 3ème bataillon du 2ème régiment étranger. Les opérations se déroulent dans la région montagneuse du Moyen Atlas au sud de Taza.

Les adversaires sont les tribus Chleuhs, particulièrement courageuses, et qui utilisent avec une grande habileté un terrain accidenté qu'elles connaissent bien. Les accrochages sont violents et vont parfois jusqu'au corps à corps.

Le 11 août 1923 : sous un soleil de plomb, au Djebel Idlane, les chleuhs parviennent au centre du bataillon. Les légionnaires les rejettent mais au cours du combat, le commandant Jenoudet est gravement atteint par une balle qui lui traverse les deux cuisses. C'est sa 6ème blessure. A la fin de l'année, les opérations se terminent par la pacification du territoire. Le bataillon Jenoudet est cité à l'ordre de l'armée :

"Pour avoir donné le plus superbe exemple de crânerie, de bravoure et de discipline, faisant revivre au plus haut point les traditions de la vieille Légion".

Début 1925 : le commandant Jenoudet rentre en métropole. Trois enfants vont naître à son foyer : Monique, Pierre et Marie- Thérèse.

C'est la vie de l'armée en temps de paix qui reprend avec sa succession de mutations et de promotions.

Dans ses différentes fonctions, Léon Jenoudet montre toujours à côté de ses qualités professionnelles, un caractère ferme et humain sachant défendre et mettre en valeur ses subordonnés.

Commandant major au 134ème régiment d'infanterie à Chalon-sur-Saône.

Commandant Chef de Corps du 13ème bataillon de chasseurs alpins à Chambéry, unité particulièrement réputée tant à la manœuvre qu'à la montagne.

Lieutenant-colonel, il commande le détachement du 24ème régiment de tirailleurs tunisiens à Chambéry.

En 1934 : à 48 ans, il est promu colonel, commandant le 95ème régiment d'infanterie à Bourges. En 1936 : cherchant toujours à améliorer ses connaissances, il est désigné pour suivre les cours du centre des hautes études militaires à Paris, où sont formés les futurs chefs des grandes unités de l'armée. Il a, comme condisciple le lieutenant-colonel De Gaulle.

Commandeur de la Légion d'Honneur, il est affecté à Lille, comme commandant de l'infanterie de la 1ère division motorisée.

En 1939 : il est promu général de brigade.

La campagne de 1940

L'infanterie de la 1ère division motorisée comprend environ 9000 hommes, en majorité nordistes, répartis en 3 régiments :

  • le 1er de Cambrai,
  • le 43 de Lille,
  • le 110 de Dunkerque.

Le 10 mai 1940 : les allemands passent à l'attaque. La mission de la division est de se porter en Belgique, sur la Dyle, pour défendre la trouée de Gemblouse, en liaison avec la division marocaine.

Le 15 mai : un corps blindé allemand s'y engage, dont une division blindée fait effort à la jointure de la division marocaine et de la 1ère D.I.M. où se trouve le 110.

En fin d'après-midi, les renseignements qui arrivent au P.C. de la division sont mauvais. Les marocains ont reculé ; une brèche s'élargit avec le 110 qui est débordé. Le bataillon d'aile, son commandant ayant été tué, fléchit. A 18 heures, le général Jenoudet  accourt sur le plateau, rallie officiers et soldats et les reporte en avant. L'engagement de troupes réservées permet ensuite de rétablir la situation. Malheureusement si, à Gemblouse, les panzers allemands ont été arrêtes, il n'en est pas de même au sud, sur la Meuse, de Sedan à Dînant où le front a été enfoncé. Pour éviter l'encerclement, la 1ère division doit retraiter dans des conditions difficiles pour se rétablir à la frontière.

Le 20 mai 1940 : elle reçoit l'ordre de défendre l'Escaut dans la région de Condé, sur un front important de 15 kilomètres. Pendant 6 jours, elle résiste vaillamment sans se laisser entamer par la vigueur croissante des attaques allemandes. Pendant 6 jours, le général Jenoudet  se dépense sans compter. Il est présent chaque fois que la situation devient critique et que le chef doit prendre sur le terrain les mesures qui s'imposent.

Le 26 mai au soir : le commandement de l'armée décide la retraite sur Dunkerque. N'est-il pas trop tard ? Condé est à 120 kilomètres de Dunkerque, que les blindés allemands sont sur le point d'atteindre. La 1ère étape de 35 kilomètres s'effectue dans la nuit sur une route encombrée de convois.

Le 27 mai au soir : la 1ère division se scinde en deux éléments :

  • une fraction avec l'artillerie, les services et une partie de l'infanterie est embarquée sur véhicules pour Dunkerque où elle parviendra,
  • l'autre fraction comprend la plus grande partie de l'infanterie (1er et 110ème R.I.) et doit faire à pied une nouvelle étape de 50 kilomètres.

Le général Jenoudet, fidèle à sa conception du devoir qui consiste à se trouver là où se trouvent les plus grandes difficultés, décide de rester solidaire de la colonne à pied dont il assure le commandement.

Le 27 mai vers 22 heures : après la traversée de la Deule, dans la région de Lille, l'avant-garde de la colonne avec laquelle il se trouve, se heurte à des détachements blindés ennemis qui ont coupé la retraite (ce sont les blindés de Rommel). En même temps que le combat s'engage dans l'obscurité, le général Jenoudet  envoie ses agents de liaison pour hâter la vitesse du gros du détachement, espérant ainsi pouvoir profiter de la nuit pour filtrer à travers un encerclement qui n'est pas encore continu. Malheureusement, autour des ponts la confusion est extrême, et plusieurs divisions s'enchevêtrent.

Le 1er R.I. (dont les hommes sont exténués) s'est déployé face à la menace et ne peut être rassemblé avant le jour. Il n'est plus possible de forcer le destin. Si, en 1915 à l'Hartmann, le capitaine Jenoudet  avait pu sauver sa compagnie, en 1940, le général à la tête d'une grande unité ne put le faire.

Dans la région de Lille, les divisions tentent de s'organiser. Il s'agit de retenir le maximum de forces ennemies et de faciliter ainsi l'embarquement à Dunkerque des unités alliées.

La mission du général Jenoudet  est de défendre à quelques kilomètres au sud de Lille la ville de Loos.

Un centre de résistance est organisé, les routes barricadées, les maisons crénelées, des réduits aménagés. Les munitions disponibles sont partagées, les civils gagnent Lille ou se terrent dans les caves. Le 29 mai : la bataille se déroule particulièrement à l'est, au faubourg de Lille où la 15ème division du général Juin cesse le combat en fin de journée.

Le 30 mai 1940 : l'ennemi porte son effort sur Loos. Toutes ses tentatives de progression, appuyées par de puissants bombardements d'artillerie sont enrayées. Il recourt à l'intimidation par hauts parleurs et par radio. Il somme nos hommes de se rendre s'ils ne veulent pas être anéantis et la ville détruite.

Le 31 mai, au matin : les bombardements redoublent, la pression ennemie s'accentue. Le 1er régiment résiste héroïquement. Deux des trois commandants du bataillon sont tués en première ligne mais les munitions s'épuisent et l'ennemi progresse. En fin de matinée, le général Molinié qui commande l'ensemble des forces encerclées autour de Lille, donne au général Jenoudet l'ordre formel de replier son P.C. et lui envoie un peloton d'autos mitrailleuses à cet effet. Petit à petit, surtout par manque de munitions, la division s'effrite. Le P.C. est bloqué et bombardé, ses groupes de défense sont submergés.

Le 31 mai, vers 20 heures : Le P.C. est enlevé d'assaut à la grenade.

Le général Jenoudet est prisonnier. Mené devant le général allemand qui a réuni son Etat-major, celui-ci lui dit : "Général, je vous félicite pour la résistance très courageuse et très habile que vous avez soutenue dans Loos, dans une situation désespérée. C'est digne du passé de l'armée française".

Peu après, le général Molinié avait obtenu du commandement allemand, les honneurs de la guerre pour ses troupes qui devaient cesser le combat.

Bien que déjà prisonnier, le général Jenoudet et les troupes sous son commandement obtinrent également, en hommage pour leur résistance valeureuse, les honneurs militaires.

Le 1er juin : sur la grand-place de Lille, les détachements français en armes défilèrent devant 4 généraux français, dont le général Jenoudet , alors que les troupes allemandes présentaient les armes.

En 1940, la France a subi la plus grande défaite militaire de son histoire.

Elle a cessé d'être une très grande puissance mondiale. Les causes de ce désastre sont graves et nombreuses. Il est juste de rappeler que bien des unités défendirent leur pays avec le plus grand courage et sans défaillance.

Pour Léon Jenoudet, c'est prématurément la fin du service actif. La chance a tourné. "La Baraka" l'a abandonné.

Il est emmené dans la forteresse de Koemgstem en Saxe.

Victime des mauvaises conditions de captivité (son camarade de casemate meurt à la fin de l'été), ressentant les séquelles de ses blessures et les fatigues d'une campagne où 11 ne s'était pas ménagé, il tombe gravement malade et perd l'usage de la parole.

Rapatrié sanitaire, il passe l'année 1941 dans les hôpitaux, puis il est mis en retraite en 1942.

Il a cependant la grande satisfaction morale d'être élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'Honneur.

Il se retire à Lons-le-Saunier, rue de la Chevalerie. Il voit avec joie arriver l'heure de la libération, puis celle de la victoire, avec sans doute l'amertume de ne plus pouvoir, en raison de son état, participer à nouveau au combat et servir sa patrie.

Sa robuste constitution lui permet de retrouver petit à petit la santé. Il participe à la vie associative de la cité et aime se rendre à l'occasion dans le Grandvaux, le pays de ses aïeux. Les années passent.

Le 31 juillet 1972 : après une courte maladie, il décède à Lons le Saunier.

Il est enterré au cimetière de Fort-du-Plasne, dans le caveau de sa belle-famille Pierre Thouverey. Léon Jenoudet fait partie d'une génération formée dans le culte de la patrie et dans la morale du devoir.
C'était le temps où les français acceptaient de se sacrifier pour un idéal :

"Vivre libres et français ou mourir"

II fut un soldat. Il connaissait pour l'avoir vécue, la vie des soldats, leurs sentiments et leurs souffrances.

Il était avec eux dans les vagues d'assaut, dans la boue des tranchées, dans les marches forcées, sous les orages d'artillerie. Comme eux, il était marqué par l'esprit de discipline. Il savait l'importance des forces morales, la valeur de la camaraderie et de l'esprit de sacrifice autour du drapeau, qui rendent une troupe invincible.

Six blessures témoignaient de sa bravoure et de son engagement personnel.

Il fut un chef.

Pendant toute sa carrière, il chercha à perfectionner ses connaissances. Ses qualités de caractère s'équilibraient avec celles du coeur ; l'énergie allait de pair avec la bienveillance ; la volonté s'alliait à la compréhension.

Homme de devoir, il payait de sa personne.

Pour lui, il ne s'agissait pas, au moment de l'épreuve, de rester dans un lointain PC, mais de "participer à l'avant" à l'action, à l'endroit crucial où les hommes ont besoin de trouver le chef lucide et calme qui donne confiance par son exemple.

Mais, n'avait-il pas d'abord les traits et le caractère du Grandvallier ?

La haute taille, la résistance physique exceptionnelle qui l'avait fait appeler "l'increvable" en 1914-1918, la ténacité et le sens des réalités ?

N'avait-il pas aussi la modestie et l'esprit d'indépendance ?

Qui, en parlant à cet homme courtois, plein d'humour, savait qu'il avait participe à tant de combats, connu tant de dangers, reçu tant de témoignages glorieux ?

Telle fut la carrière du :

Général Charles Léon Jenoudet
Grand officier de la Légion d'Honneur

Que les habitants du Grandvaux sachent bien qu'il était un des leurs.

L'abbé Jean Poiblanc qui a rédigé un article sur la libération de 1944 à Salave a exprimé le souhait que le nom du général Jenoudet soit donné un jour à une rue de Saint-Laurent. Il l'a bien mérité !

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